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Charles, réveille-toi, ils sont devenus fous !
La Vie Financière N°3259 / Vendredi 23 Novembre 2007 / Catégorie : Editorial

Avec le ralentissement de la croissance, l'Elysée songe, à titre exceptionnel, à débloquer la participation des salariés afin de leur redonner du pouvoir d'achat. Une mesure jugée dangereuse par les professionnels de la gestion.
 

En Bourse, un investissement à long terme, c'est un investissement à court terme qui a mal tourné, raillent les esprits caustiques. En politique, en revanche, du moins aux yeux de certains conseillers, un investissement à long terme peut constituer une opportunité pour le court terme. Après le relèvement de 2 points à 29 % du taux d'imposition des plus-values boursières - on attend un sursaut de bon sens de la part des sages du palais du Luxembourg -, les pouvoirs publics s'apprêtent, en effet, à porter derechef un mauvais coup à l'épargne longue. Pour répondre « à l'angoissante question du pouvoir d'achat, de la croissance et de l'emploi », comme l'a déclaré Nicolas Sarkozy au congrès de l'Association des maires de France, l'Elysée songe à débloquer, à titre exceptionnel, la participation des salariés aux fruits de l'expansion. Comme l'avait déjà autorisé, entre septembre et décembre 2004, un certain Sarkozy Nicolas, lorsqu'il était aux manettes à Bercy.

Certes, par un déblocage anticipé de la participation, il est loisible de réinjecter plusieurs milliards d'euros dans le circuit économique (5,6 milliards d'euros en 2004), pour l'heure grippé par la flambée des prix du pétrole, la glissade du dollar contre l'euro et les grèves qui n'en finissent pas. Mais cette décision est totalement contraire à l'esprit de ce dispositif, voulu, il y a plus de quarante ans, par le général de Gaulle, qui permet d'associer le capital et le travail, mais aussi de constituer une épargne longue qui peut être investie dans des actions de l'entreprise ou dans des parts de fonds communs de placement. D'autant qu'il existe déjà de nombreux cas de déblocage avant le délai de cinq ans, liés à la situation du salarié (mariage, naissance d'un troisième enfant, divorce, invalidité, cessation du contrat de travail, surendettement) ou à ses projets (création ou reprise d'entreprise, acquisition de la résidence principale).

Droit dans le mur

L'Association française de la gestion financière (AFG) va plus loin, en estimant cette mesure à la fois « inefficace » et « dangereuse ». Inefficace, car, selon elle, la participation ne concerne que « 8 % des salariés des PME de moins de 50 salariés » - elle est obligatoire au-delà de ce seuil - et les agents des trois fonctions publiques n 'ont jusqu'ici jamais été associés collectivement par le jeu de l'intéressement aux réformes qui leur sont demandées. Dangereuse, car le déblocage pourrait compromettre le développement de l'épargne retraite complémentaire (notamment le Perco), ainsi que la stabilité du capital des entreprises pour lesquelles « la participation représente un noyau stable de l'actionnariat de près de 50 milliards d'euros ». En revanche, pour une vraie relance, l'AFG plaide pour l'extension de l'épargne salariale - le gouvernement doit remettre un rapport sur la mise en oeuvre de l'intéressement dans la fonction publique d'ici au 1er janvier. Dans ses Mémoires d'espoir, le général de Gaulle voyait la participation comme « une brèche ouverte dans le mur qui sépare les classes ». Aujourd'hui, on risque d'aller droit dans le mur. En klaxonnant


Gérard Blandin
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