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| Chape de plomb sur les marchés financiers |
| La Vie Financière N°3088 / Vendredi 13 Aout 2004 / Catégorie : Editorial |
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Notre conviction est faite depuis plusieurs mois : il ne peut y avoir de hausse solide de la Bourse sans accalmie sur le pétrole (voir notamment nos articles du 21 mai et du 4 juin). Autant les marchés d'actions sont en mesure de faire face à une remontée progressive des taux d'intérêt - conséquence acceptable de la reprise économique -, autant la flambée de l'or noir est leur ennemi numéro un. Si les Bourses ont toujours mal réagi aux envolées du brut, c'est bien que la croissance et les résultats des entreprises, l'expérience le prouve, en sont inévitablement affectés. Les experts ont beau nous rappeler que nous vivons, en Occident, dans des économies de services, impossible d'ignorer l'impact d'un pétrole plus cher. Celui-ci alourdit les charges d'exploitation des entreprises, qu'elles appartiennent aux secteurs de l'industrie lourde, du BTP, de la construction automobile et de ses sous-traitants, de la chimie, du transport (et donc du tourisme), etc. ; le renchérissement du baril finit toujours par peser sur la consommation des ménages et il constitue le principal facteur de risque inflationniste. Or rarement la visibilité aura été aussi faible sur les cours du pétrole. Il y a d'abord les incertitudes immédiates - surtout le bourbier irakien -, mais il faut compter aussi, et durablement, avec le déséquilibre entre l'offre et la demande lié au boom de l'Asie. Depuis que la Chine accapare une part croissante des matières premières produites dans le monde, à commencer par le pétrole, bien sûr, chacun a pu découvrir les limites des capacités de production, de raffinage et de fret de cette ressource énergétique vitale. Last but not least, dans cette situation de crise, le pouvoir politique apparaît impuissant. L'équilibre des prix à un niveau raisonnable, reposant sur l'intérêt bien compris des pays producteurs et consommateurs, a volé en éclats ; les Etats-Unis et l'Opep, gendarmes du marché pétrolier, ont perdu la main. Les stocks d'or noir vont-ils commencer à fondre au fur et à mesure de la montée en puissance de la Chine ou de l'Inde ? Et si oui, à quelle échéance ? Même les spécialistes les plus compétents se contredisent sur cette question. Une chose est sûre : la flambée du pétrole intervient au pire moment. Car si l'Amérique, puis l'Europe se sont tirées d'affaire après l'implosion de la nouvelle économie, c'est au prix du surendettement des Etats et d'une injection massive de liquidités dont nous n'avons pas encore réglé l'addition. Alors que la hausse du pétrole agit comme un facteur de récession, les leviers pour soutenir la croissance ont disparu et les banques centrales sont même contraintes de relever leurs taux pour maîtriser l'inflation naissante. Résultat : la solidité de l'économie repose exclusivement sur les entreprises. Mais, parmi celles-ci, le souvenir des excès qui ont conduit au krach reste très vif et c'est la prudence qui l'emporte (lire à ce propos notre article page 8). Alors que les grandes firmes mondiales n'avaient pas dégagé autant de cash-flow depuis des années, ni l'investissement, ni la croissance externe, ni l'emploi n'en profitent. La manne des résultats revient aux actionnaires ; elle s'en va grossir les matelas de liquidités et la bulle immobilière, mais elle évite pour l'instant le chemin de la Bourse. En attendant, bien entendu, un reflux des cours du brut, qui peut venir à court terme d'un ralentissement de l'activité en Asie ou - parce que le pire n'est jamais sûr ! - de signes d'apaisement au Moyen-Orient. |
NASSER OUZEGDOUH Directeur de la rédaction |
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