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| Chaissac : très cher naïf... |
| La Vie Financière N°2887 / Samedi 07 Octobre 2000 / Catégorie : |
Autodidacte, fantasque et dépressif, Chaissac jouit d'une reconnaissance tardive au début des années 60. Ses toiles fraîches et naïves, aujourd'hui très cotées, atteignent parfois 1 million de francs et ses dessins 50 000 francs. |
MARCHÉ DE L'ART |
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"J'ai été content de connaître Gaston et de parler avec lui », écrivait en juin 1947, Jean Dubuffet à Camille Chaissac, la femme du peintre. « J'ai été surpris quand je l'ai vu, ce n'était pas comme cela que je l'imaginais. C'est son élégance à quoi je n'avais pas pensé et qui m'a surpris, sa svelte élégance physiqueEt sa tristesse aussi ; au premier contact avec lui, j'ai été surpris qu'il ait l'air si triste ; j'avais pensé d'après ses lettres à un dosage de tristesse et d'enjouement mais je ne voyais pas que la tristesse dominait tant dans le mélange. » Cette tristesse apparaît nettement dans les photos faites en 1952 par Doisneau. Maigre, le teint pâle, la casquette négligemment posée sur la tête, elle-même appuyée dans le creux de la main, le peintre fixe l'interlocuteur, l'air absent. Né à Avallon en 1910, fils de boutiquiers, Gaston Chaissac n'a jamais été doué pour le bonheur. A l'âge de 12 ans, après le divorce de ses parents, il devient marmiton, commis chez un quincaillier, puis apprenti bourrelier. A la mort de sa mère, en 1921, il prend une échoppe de cordonnier dans le Ve arrondissement de Paris, non loin de la rue Mouffetard. « Faute de clientèle, l'expérience dure peu, écrit-il. Je vivais là très solitaire, ne recevant guère la visite que des souris de l'épicerie voisine. » Hébergé chez son frère, rue Denfert-Rochereau, il fait, en 1937, la connaissance d'un couple d'artistes, Otto Freundlich et Jeanne Kosnick-Kloss, qui habite le même immeuble. Ceux-ci l'encouragent à peindre et lui présentent d'autres artistes comme Robert Delaunay et Albert Gleizes. Pendant deux ans, Chaissac travaillera assidûment avec Freundlich, qui, le premier, a perçu son talent. Les encouragements de Freundlich et de sa compagne ne suffisent pourtant pas à améliorer sa situation matérielle, très précaire, ni son état de santé qui se dégrade. Sans le sou et dépressif, Chaissac fait, entre 1937 et 1939, de fréquents séjours à la maison départementale de Nanterre, hospice pour indigents, puis au sanatorium de la Muse, à Asnières, où il rencontrera sa femme, Camille Guibert, institutrice, avec laquelle il s'installera en Vendée. « Mon cas ne peut pas se guérir avec une formule chimique, je n'ai rien d'organique. Je suis un artiste et c'est incurable, écrit-il, non sans humour. Je suis capable de faire des choses que tout le monde ne peut pas faire ; par conséquent, il m'est difficile de faire ce que tout le monde peut faire. L'état d'âme de celui qui est condamné à la réclusion doit être assez semblable au mien. » Surmontant ses problèmes de santé et d'argent, il continue de créer. La première de ses cinq expositions personnelles a lieu en décembre 1938 à la galerie Gerbo, avenue Paul-Doumer à Paris. Les rares visiteurs y découvrent un univers unique : des bonshommes espiègles, rieurs, naïfs ou tordus, qui rappellent des dessins d'enfant. De gentils personnages tantôt souriants, tantôt tristes, cernés d'un trait noir comme les à-plats de couleurs avec lesquels ils voisinent. Des figures asexuées seulement définies par leurs attributs fonctionnels : salopette et arrosoir pour le jardinier, parapluie et chapeau pour le dandy. Ces images sont juxtaposées sans souci de perspective ou d'effet de profondeur. La maladresse de ses figures est recherchée et revendiquée. Chaissac n'hésite pas à exécuter ses dessins avec la bouche ou à s'attacher des poids au poignet pour atteindre son but. Il peint sur tout ce qu'il trouve : cartons, planches, tôles, papiers peints, zinc, pierres, seaux, boîtes de conserve. Il crée, couché par terre, sans chevalet, ou sur le flanc, à même le sol. Parfois, il truffe ses dessins de petits textes passant du coq à l'âne, prônant la « liberté d'inconscience » ou l'insurrection. Il lui faudra attendre le début des années 60 et les expositions organisées Faubourg-Saint-Honoré par sa galeriste, Iris Clert, pour connaître ses premiers succès commerciaux. Et le printemps 1964, peu avant sa mort, pour qu'une exposition organisée par la galerie Cordier & Ekström lui soit consacrée à New York. Sa cote n'a cessé de progresser depuis sa disparition jusqu'au début des années 90, avant de s'affaisser brièvement, puis de repartir il y a quatre ans. Ses dessins à l'encre, les moins aboutis, se vendent entre 20 000 et 30 000 francs ; ses feuilles colorées les plus poussées, représentatives de son oeuvre et peuplées de petits personnages, à partir de 50 000 francs. Ses huiles sont bien plus chères. Paysages, compositions abstraites ou natures mortes s'enlèvent entre 200 000 et 300 000 francs. Quand elles sont de belle taille, très colorées et ornées de personnages, elles partent entre 500 000 et 800 000 francs. Les huiles des années 1943 à 1949, les plus rares et les plus cotées, peuvent atteindre 1 million de francs. Ses totems, réalisés à partir de 1955, à l'aide de panneaux de bois ripolinés de couleurs vives, sont, eux aussi, très recherchés. On en connaît une centaine. Ils partent entre 300 000, - pour les plus petits et les moins expressifs - et 1 million de francs pour les oeuvres de grande taille (jusqu'à 3 mètres de haut), colorées et fantaisistes. Les objets récupérés et détournés, tels les assemblages de tôles peintes ou d'objets, peuvent, eux, atteindre 300 000 francs. « Chaissac est devenu un artiste incontournable, une valeur sûre des grandes collections modernes, explique Patrick Bongers, de la galerie Louis Carré & Cie. La demande est très forte car la notoriété de ce peintre n'est plus contestée et sa cote devrait encore progresser. On sait maintenant que Chaissac a influencé Jean Dubuffet mais aussi des artistes comme Combas ou Baselitz. » Une rétrospective au Jeu de paume 400 000 francs. Personnage, 1948 (à gauche). Gouache sur papier cristal. 97,5 x 64,5 cm Deux ans après la rétrospective que lui avaient consacrée le musée des Beaux-Arts de Nantes et le musée Fabre de Montpellier, c'est au tour du Jeu de paume (1, place de la Concorde, 75008 Paris) de lui en offrir une, jusqu'au 29 octobre. Elle rassemble près de 300 oeuvres - dessins, collages, huiles, assemblages, totems - réalisées entre 1942 et 1964. L'occasion de redécouvrir la fraîcheur des oeuvres de Chaissac, sa parenté avec Dubuffet et sa relation de séduction-répulsion avec l'étiquette d'art brut que certains ont voulu accoler à ses créations. « L'art brut, Dubuffet en est le maître-queux alors que je n'en suis que le marmiton. (...) Je passe pour faire de l'art brut, mais je ne pense pas en faire », écrivait-il en 1949. Deux galeries parisiennes, la galerie Louis Carré & Cie (10, avenue de Messine, 75008 Paris) et la galerie Thomas Le Guillou (1, avenue de Messine), organisent, de leur côté, une exposition intitulée « Chaissac, peintre épistolier » (10 h-12 h 30 et 14 h-18 h 30 du lundi au samedi, du 29 septembre au 10 novembre). La première propose un ensemble d'oeuvres - dessins, huiles, totems - des années 40 aux années 60. La seconde des lettres et dessins comportant des écrits. Les prix débutent à 50 000 francs, pour dépasser 1 million de francs Guide pratique A cheter Galerie Louis Carré & Cie : 10, avenue de Messine, 75008 Paris Galerie Thomas Le Guillou : 1, avenue de Messine, 75008 Paris Lire Gaston Chaissac, Catalogue de l'exposition, juillet 2000. Editions du Jeu de paume. Réunion des musées nationaux Voir Gaston Chaissac, cassette vidéo réalisée par Jean-Paul Fargier. Réunion des musées nationaux |
Erwan Vincent |
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