Archives

« Chaise » dans un fauteuil ou l'erreur de casting
La Vie Financière N°3199 / Vendredi 29 Septembre 2006 / Catégorie : Editorial

En décidant de nommer à sa tête l'ancien patron du Figaro plutôt qu'un homme ou une femme du sérail, le groupe Altran, spécialisé dans le conseil en haute technologie, n'a pas vraiment mis les atouts de son côté.
 

«Mes erreurs font ma force », affirmait sans détour l'écrivain américain Norman Mailer. A cette aune, le groupe Altran, leader européen du conseil en recherche-développement, devrait être, à n'en pas douter, un acteur surpuissant. Car, au fil des ans, cette SSII fondée en 1982 a accumulé une foultitude d'impairs, d'errements et de maladresses. Mais, hélas, ce qui peut constituer un atout en littérature ne l'est pas forcément sur les marchés financiers. En témoigne l'évolution des cours de Bourse, tombés d'un plus haut de 107 euros, en mars 2000, à... 6,35 euros aujourd'hui.

Crise profonde

Dernier avatar de cette firme dont les ex-dirigeants ont été mis en examen (la justice les soupçonne d'avoir monté un système de fausses factures) : la nomination surprise d'Yves de Chaisemartin à la présidence du directoire, en remplacement de Christophe Aulnette, ingénieur télécoms qui évoque des « différends d'ordre personnel ». Délicat euphémisme qui laisse transpirer une crise profonde. Certes, cet ancien avocat de 58 ans a présidé aux destinées de la Socpresse, l'empire tentaculaire de Robert Hersant (avec un art consommé de l'opacité). Certes, « Chaise », comme l'appelaient ses proches au Figaro, présidait jusqu'ici le conseil de surveillance d'Altran. Mais ce parcours ne lui donne aucune expertise dans la haute technologie, marché sur lequel se livre une concurrence féroce.

Comment mener de grands projets logiciels en Inde ? Comment traiter et stocker les déchets nucléaires en protégeant la planète ? Comment rendre les avions plus performants et moins coûteux ? Telles sont en effet les problématiques traitées par les ingénieurs d'Altran, qui peuvent être des docteurs en fusion nucléaire, en mécanique des fluides ou encore des spécialistes des radars ou de l'aérodynamique. Autant dire que ce groupe de 16 000 salariés, dont plus de la moitié de l'activité est réalisée hors de France, n'a rien d'une administration, et tout d'un réseau international de sociétés high-tech. Nommer Chaisemartin à sa tête, c'est comme nommer Serge July, l'ancien PDG de Libération, à la tête de Capgemini ou d'Atos Origin. Les investisseurs l'ont d'ailleurs accueilli comme tel, en faisant chuter lourdement le titre, avec un énième avertissement sur les résultats.

Ce n'est bien sûr pas la première fois - ni la dernière - que des entreprises font de telles erreurs de casting (même si La VF souhaite évidemment se tromper). On se souvient de la nomination de Michel Bon - inspecteur des finances ayant passé dix ans dans la banque - à la tête de Carrefour, remercié ensuite par les familles qui ont vu les limites de ce « jeune épicier ». Idem pour Guy de Panafieu, autre inspecteur des finances, venu aux commandes de Bull, après avoir été directeur financier de la Lyonnaise des eaux. Les minoritaires d'Altran méritaient un autre traitement. Mais, comme le confiait Peter Lynch, l'un des plus grands gérants au monde : « Qu'une société se comporte mal ne signifie pas qu'elle ne puisse pas faire pire... »


Gérard Blandin
Copyright © La Vie Financière. Tous droits réservés.
 

RODRIGUEZ GROUP RODRIGUEZ GROUP : 1.54€  (+14.22%) 1.76€
+14.22%
REXEL REXEL : 5.27€  (+8.56%) 5.71€
+8.56%
ORCO PROPERTY GRP ORCO PROPERTY GRP : 7.70€  (+6.80%) 8.17€
+6.80%
BENETEAU BENETEAU : 6.89€  (+5.68%) 7.35€
+5.68%
APRIL GROUP APRIL GROUP : 17.97€  (+5.23%) 19€
+5.23%
FONC.DES REGIONS 52.81€
-8.44%
PPR 47.95€
-7.10%
SCHLUMBERGER 33.76€
-6.46%
CGG VERITAS 12.07€
-6.43%
TECHNIP 25.09€
-6.06%