Archives
| Ce qui paraît bon marché est souvent très cher |
| La Vie Financière N°3208 / Vendredi 01 Décembre 2006 / Catégorie : Stratégie |
Les penny stocks attirent pour la volatilité de leur cours. Les opérateurs
à la recherche de gains rapides en raffolent. Exposées aux rumeurs et aux manipulations, ces valeurs font de la Bourse un casino. |
|
l faut de tout pour faire un monde. C'est particulièrement vrai en Bourse, un monde d'une extraordinaire diversité, ouvert aux tempéraments les plus variés, à toutes les opinions et à toutes les... bourses. La démocratisation financière n'est pas un leurre, comme le prouve le succès populaire des « vraies-fausses » privatisations françaises qui attirent chaque fois des centaines de milliers, voire plusieurs millions, de personnes. Mais rien n'est parfait. Il va de soi que, sur le marché, les millions d'actionnaires individuels, souvent passifs, ne pèsent pas lourd face aux investisseurs institutionnels français et, surtout, étrangers dont la force de frappe financière est autrement plus puissante. De même, personne, pas même l'Autorité des marchés financiers (AMF), ne peut croire, ne serait-ce qu'un instant, à l'égalité de tous les acteurs devant l'information. Les particuliers ne luttent pas à armes égales non seulement entre eux mais surtout avec les professionnels, qui disposent de gros moyens pour avoir en permanence une ou plusieurs longueurs d'avance. Par ailleurs, si la cote offre un éventail de prix à l'unité extrêmement large, les titres a priori les moins chers, donc le plus accessibles au public, se distinguent rarement par leur qualité. On comprend que les épargnants tentés par la Bourse mais disposant d'une modeste capacité d'investissement soient d'abord attirés par les valeurs dont les cours sont très bas. Qu'importe le flacon, pourvu qu'on ait l'ivresse Certains pensent que, à dépenses égales, pour des raisons de souplesse et de commodité, il vaut mieux se constituer une ligne de 1 000 titres dont le cours est de 1 euro que de 10 qui valent 100 euros pièce. Le raisonnement se tiendrait si, sur le plan fondamental, les deux valeurs étaient de qualité comparable. Mais la réalité est très différente. Celui qui achète 10 titres Air liquide dormira sûrement plus tranquille que s'il avait obtenu pour à peu près la même somme 25 000 Euro Disney. Le fait est que la situation financière, très mauvaise, du parc de loisirs n'a rien à voir avec celle du spécialiste des gaz industriels. Et, contrairement aux apparences, Euro Disney, qui se négocie en Bourse à moins de 0,10 euro, vaut beaucoup plus cher qu'Air liquide, qui se traite pourtant à plus de 170 euros l'unité ! Il n'empêche : les valeurs dont les cours paraissent dérisoires, inférieurs à 1 euro, attirent du monde. Appelées penny stocks, elles ont certes beaucoup de défauts car elles sont le plus souvent synonymes de sociétés en mauvaise santé et tributaires d'opérations de recapitalisation dilutives, mais, aux yeux des opérateurs boursiers les plus remuants, amateurs de sensations fortes ou spéculateurs à la petite semaine, ces titres ultralégers et à très hauts risques ont le grand mérite d'être très volatils. Et qu'importe le flacon pourvu qu'on ait l'ivresse. Le moindre décalage de cours peut être, en effet, très lucratif pour ceux qui ont la chance de se trouver dans le bon sens après avoir misé gros. Il faut savoir, par exemple, que sur Euro Disney un écart minimal de cours de 1 cent représente plus de 16 % à la hausse et de 14 % à la baisse, et ce même si rien ne justifie une variation d'une telle ampleur. C'est malheureusement avec ce genre de valeurs que la Bourse ressemble le plus à un casino, ce qui est fort dommageable pour son image. Certains mouvements particulièrement spéculatifs frisent parfois le scandale. Comment ne pas dénoncer les énormes remous sur Infogrames la veille et le jour d'une assemblée extraordinaire appelée à se prononcer sur le plan de sauvetage du groupe, avec, à la clé, une dilution démesurée du capital, guère ragoûtante pour les actionnaires ? En deux séances, les 14 et 15 novembre, plus de 150 millions de titres, sur un total de 189,7 millions, ont changé de mains à des cours compris entre 0,55 et 0,95 euro. On aimerait en savoir plus sur les principaux artisans de cette étonnante flambée spéculative. D'autant que, une fois passée l'assemblée, le soufflé est vite retombé. Entre-temps, il y a eu de gros gagnants, mais aussi beaucoup de perdants parmi les malheureux suiveurs. Et dire qu'Infogrames reste éligible au SRD, donc exposé aux opérations d'achat à crédit et de vente à découvert ! Tout pour tenter le diable sans que les autorités boursières s'en émeuvent |
éric Dadier |
Copyright © La Vie Financière. Tous droits réservés. |
Toutes les archives /
Retour




