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| Ce qui attire François Pinault chez Vinci |
| La Vie Financière N°3216 / Vendredi 26 Janvier 2007 / Catégorie : Bourse |
L'HOMME D'AFFAIRES A CRÉÉ LA SURPRISE en prenant 5,1 % du capital du numéro un mondial du BTP et des concessions. Bien que
ses intentions restent floues, il a mis en avant la sous-valorisation du titre Vinci. |
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Le fondateur de PPR a relancé l'intérêt du marché pour le titre Vinci. Son entrée dans le capital du groupe de BTP et de concessions, au moment où, à propos de Suez, il jette momentanément l'éponge (lire encadré), a mis en évidence à la fois la sous-valorisation de l'action et la dimension spéculative du dossier. En effet, le capital de Vinci n'est pas contrôlé. Du coup, Artémis, holding de la famille Pinault, en est devenu le deuxième actionnaire avec seulement 5,1 % du capital, derrière les salariés (8,7 %). Le reste des actions est dispersé dans le public, dont 47,4 % d'institutionnels anglo-saxons. « Artémis est clairement intéressé par la sous-valorisation d'un actif à fort potentiel de croissance », affirme Athmane Benzerroug analyste à Ixis Securities. Il rappelle en effet que Vinci se traitait 15 fois le résultat net par action 2007 estimé avant l'annonce de l'entrée de François Pinault dans son capital. Il ne capitalisait encore que 16 fois sur la base du cours de clôture, mardi 23 janvier, contre plus de 19 fois pour les autres valeurs du secteur des contructeurs-concessionnaires en Europe. Une sous-valorisation injustifiée au regard des perspectives de croissance offertes par le groupe dans les infrastructures et les partenariats public-privé ainsi que du levier financier existant sur les actifs de concessions. Cette prise de participation est officiellement présentée comme « un investissement financier dans une belle entreprise ». Toutefois, Patricia Barbizet, directrice d'Artémis, n'a pas écarté la possibilité d'un renforcement ultérieur. Le marché semble d'ailleurs penser que François Pinault n'en restera pas là. Le titre a bondi de 8 % dans des volumes étoffés (5,5 % du capital) depuis la déclaration de franchissement de seuil. « Il semble peu probable qu'il ait acheté 5,1 % du capital de Vinci juste pour faire un coup rapide », estime un analyste. La spéculation est relancée Toutefois, pour continuer sa montée dans le capital, l'homme d'affaires breton va devoir chercher des partenaires financiers ou industriels. Artémis disposerait en effet d'une capacité d'investissement de 1,5 milliard d'euros seulement, ce qui lui permettrait de prendre tout au plus 6 % du capital supplémentaires. Tous les scénarios sont envisagés par les spécialistes du secteur. Certains pensent que François Pinault pourrait monter dans le capital de Vinci avec l'aide d'un partenaire avant de lancer une offre sur Suez, mais pas avant six mois. Alain Minc, conseiller de François Pinault et membre du conseil d'administration du géant du BTP, ne serait pas étranger à ce montage, selon certaines sources. Un schéma qui ressemble fort à celui imaginé l'été dernier par le patron de Veolia Environnement, Henri Proglio, entre son groupe et Vinci. Mais l'hypothèse d'un rapprochement entre Vinci et Suez nous semble peu probable étant donné le refus catégorique opposé au projet de Veolia. Potentiel de croissance François Pinault ne devrait en tout cas pas avoir de difficultés à trouver un allié. Les groupes espagnols ne resteront pas à l'écart de la bataille. Après une dizaine d'années de forte croissance ininterrompue, notamment dans la construction, et à l'aube d'une probable correction immobilière, les sociétés du secteur cherchent à investir en dehors de la péninsule Ibérique dans des activités récurrentes et à forte génération de cash-flow. ACS et FCC, deux géants du BTP espagnol, ainsi qu'Abertis, numéro un des concessions ibériques, pourraient ainsi s'intéresser au dossier. L'homme d'affaires breton n'a pas, pour le moment, demandé de siège au conseil d'administration mais il ne s'interdit pas de le faire, d'autant que trois postes sont vacants. Il connaît bien le secteur puisqu'il est administrateur de Bouygues depuis plusieurs années. Il pourrait ainsi peser sur certaines décisions et accélérer notamment le refinancement et un accroissement de la dette de Vinci. Ce qui aurait un effet positif immédiat sur l'action. Le pôle concessions pourrait en effet supporter une dette supplémentaire de 5 milliards d'euros grâce à la récurrence des revenus et des cash-flows reposant sur des durées de concession longues. JP Morgan, qui recommande le titre à l'achat avec un objectif de 121 euros, estime que l'endettement net des concessions pourrait ainsi être porté de 5,8 à 8-10 fois l'excédent brut d'exploitation. Un tel accroissement de l'endettement permettrait à Vinci de financer les importants projets d'infrastructures à venir en France et en Europe, et aussi de participer à la future privatisation des aéroports régionaux. Quelle que soit l'option choisie par François Pinault, une bataille autour du groupe dirigé par Xavier Huillard se profile. La plupart des analystes ont pris acte de ce changement de donne en relevant leurs objectifs de cours. Et en tout état de cause, François Pinault a déjà en partie réussi son « coup » en relançant l'intérêt du marché pour Vinci. Il aurait effectué ses premiers achats en septembre 2006, date depuis laquelle le titre a gagné 25 %. Une dynamique qui n'est pas près de s'essouffler Artémis reste
en embuscade
chez Suez François Pinault, contraint par l'AMF de dire si oui ou non il était prêt à lancer une OPA sur Suez, a dû renoncer « pour l'instant » à une offre en précisant que les conditions actuelles n'étaient pas suffisamment sereines. Mais l'homme d'affaires breton reste en embuscade, convaincu qu'une alternative à la fusion entre Suez et Gaz de France peut être trouvée dans « l'intérêt du marché ». Loin de jeter l'éponge, il a même précisé qu'il n'avait pas d'obstacles financiers pour réunir les 70 milliards d'euros nécessaires à l'opération. Pour les actionnaires de Suez, cette nouvelle, ainsi que la crainte que Suez n'envisage une acquisition d'envergure, a fait chuter le cours de l'action de 7,5 % depuis le 12 janvier. La réglementation « anti-rumeurs » de l'AMF qui a obligé Artemis à sortir du bois mais l'empêche de lancer une OPA avant six mois, pénalise à court terme l'action de l'énergéticien. Sans compter que l'avenir du groupe reste toujours dans le flou. Le conseil de Gaz de France reste mobilisé en vue d'une fusion avec Suez et va convoquer une assemblée générale le 25 juin pour faire voter celle-ci. Un voeu pieux, puisque le décret de privatisation de GDF n'est toujours pas sorti et que le futur gouvernement qui sera en place à la mi-mai peut remettre en cause cette union. Mariage ou pas, ce sont surtout maintenant les accords industriels entre Suez et GDF qui deviennent urgents si les deux groupes veulent participer ensemble, dès 2007, à l'ouverture du marché de l'électricité à la concurrence pour les particuliers M.-J. P. Conseil : Vinci fait partie de nos valeurs préférées pour 2007. La donne ayant changé, nous relevons notre objectif à 125 euros pour tenir compte de cette dimension spéculative désormais plus précise |
Xavier Diaz |
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