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| Carton rouge pour la gargouille et le Culbuto |
| La Vie Financière N°3185 / Vendredi 23 Juin 2006 / Catégorie : Editorial |
Le gouvernement décide seul d'une fusion en méprisant les actionnaires, un chef de parti exige la tête d'un patron de société en bafouant les administrateurs : au secours, la classe politique renoue avec l'Ancien Régime ! |
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«La France a la droite la plus bête du monde », avait lâché un jour l'ancien président du Conseil, Guy Mollet. Aurait-elle également le privilège d'avoir la classe politique la plus consternante dès lors que le débat porte sur des questions financières ou de gouvernance d'entreprise ? Eu égard aux déclarations récentes, du Premier ministre comme du premier secrétaire du Parti socialiste, on est en droit, hélas, de le penser, quel que soit le bord où l'on se situe. Qu'on en juge : après avoir voulu passer en force, Dominique de Villepin a décidé de procéder en deux temps pour la publication des bans entre Gaz de France et le groupe Suez. Un projet de loi sera déposé le 28 juin en Conseil des ministres, mais ne sera débattu qu'en septembre au Parlement. L'idée étant d'aboutir à « la fusion complète dès le mois de décembre », comme l'a précisé Thierry Breton, ministre de l'Economie et des Finances. « Formidable ! » comme dirait Jack Lang. On ignorait que le Parlement était devenu le nouvel organe de décision des sociétés du CAC 40. Certes, il appartient aux deux chambres d'adopter un texte qui permette à l'Etat de réduire sa participation dans une entreprise publique. Mais, que l'on sache, la décision de fusionner est toujours du ressort des assemblées générales extraordinaires. Or, au risque de se répéter et au regard des conditions proposées, il est à craindre que ce « projet qui rassemble » ne recueille pas un plébiscite à la soviétique. Il suffit qu'un tiers du capital soit contre - la fameuse minorité de blocage - pour que celui-ci ne voie pas le jour. Dura lex, sed lex. Il est d'ailleurs paradoxal que Dominique de Villepin, dont les initiales sonnent comme celles des droits de vote (DDV), ignore ce b.a.-ba du droit des affaires. Une trop grande proximité avec Jacques Chirac peut-être... Mais, de l'autre côté de l'hémicycle, l'inculture financière et les dérives autocratiques sont en tout point similaires. Quand, en plein débat à l'Assemblée nationale, le dirigeant d'un parti politique, François Hollande pour ne pas le nommer, se permet d'exiger la tête d'un patron du CAC 40, en l'espèce Noël Forgeard, coprésident d'EADS, on en vient à se demander si le gouvernement d'entreprise a bien traversé la Seine. C'est oublier, là encore, que la révocation d'un président de société est du ressort du conseil d'administration. Une dérive inquiétante pour des hommes politiques qui aspirent à la plus haute fonction. Apparemment, ni la gargouille ni le Culbuto * n'ont pris l'option finances à l'ENA. Mais il n'est pas trop tard pour une session de rattrapage. Justement, l'Institut pour l'éducation financière du public vient d'être créé au sein de l'AMF. Et son premier président n'est autre que Philippe Herzog, ancienne tête de liste du Parti communiste aux élections européennes de 1989... * Par référence au livre de Dominique de Villepin, Le Cri de la gargouille (Albin Michel, 2002), et celui de Marie-Eve Malouines et Carl Meeus, La Madone et le Culbuto (Fayard, 2006). |
Gérard Blandin |
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