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| La Vie Financière N°2961 / Vendredi 08 Mars 2002 / Catégorie : Editorial |
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De quelle nationalité sera le nouveau président d'Aventis ? Française, allemande, américaine ? Le suspense lancé lundi par un scoop du journal Les Echos annonçant le départ du président Dormann n'aura pas fait long feu : mercredi, le conseil d'administration nommait à la tête du directoire de la deuxième capitalisation de la Bourse de Paris le Français Igor Landau, alors que l'Allemand Jürgen Dormann glissait au conseil de surveillance. Rien à dire, donc : le groupe franco-allemand né du mariage de Hoechst et de Rhône-Poulenc reste fidèle à ses gènes. L'hypothèse de la promotion de l'Américain Richard Markham n'a finalement pas été retenue. Mais le plus instructif est que cette hypothèse américaine n'ait provoqué aucune vague, aucun rejet. Notamment en Bourse, où la nomination de celui qui a développé le groupe aux Etats-Unis aurait été jugée tout aussi légitime. Et où, surtout, les esprits ont radicalement évolué sur la nationalité des entreprises et de leurs dirigeants. Qui parle encore, comme jadis Georges Pompidou, d'entreprises « champion national » ? Pour reprendre la formule du conseil en management Patrice Zygband, « il y a eu la séparation de l'Eglise et de l'Etat à l'aube du XXe siècle. En ce début du XXIe siècle, on assiste à la séparation de l'entreprise et de l'Etat ». Symbole de ce divorce : le destin de Renault qui, en quelques années, a abandonné son statut de régie nationale, s'est mué en entreprise binationale après son mariage avec Nissan, allant même jusqu'à installer le foyer conjugal aux Pays-Bas. En fait, sauf à être en retard d'une guerre, le problème n'est pas de savoir s'il est bon ou mauvais que Renault convole avec un japonais ou qu'Arcelor ait son siège social à Luxembourg. Que les politiques le veuillent ou non, les grandes entreprises iront (sauf à disparaître) là où elles trouveront les meilleures conditions pour satisfaire leurs clients et créer de la valeur pour leurs salariés et leurs actionnaires. La tâche des politiques est de ménager l'environnement le plus favorable à leur développement, d'accroître l'attractivité et la compétitivité de la France « comme site de production » (comme disent les Allemands). Compétitivité sociale et fiscale. Compétitivité financière : si les non-résidents détiennent plus de 40 % du capital des entreprises du CAC 40, ce n'est pas l'effet d'un complot étranger mais la conséquence d'une déficience du capitalisme national. Faute d'avoir permis la constitution d'un actionnariat autochtone suffisant, les pouvoirs publics vivent sous la menace d'un basculement des centres de décision hors des frontières. L'erreur est ancienne et cela fait des décennies que les gouvernements successifs matraquent fiscalement les actionnaires individuels et bloquent la création des fonds de pension. Mais, foi de candidats, le prochain président lancera au plus vite ce troisième étage des systèmes de retraite, que l'un appelle épargne salariale et l'autre fonds de pension. Ni l'un ni l'autre, en revanche, n'a précisé l'ampleur de l'effort fiscal que l'Etat devra consentir. L'essentiel pourtant. |
PAR GEORGES VALANCE |
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