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| Assemblées générales, les actionnaires font la loi |
| La Vie Financière N°3131 / Vendredi 10 Juin 2005 / Catégorie : Editorial |
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Pour 634 168 lycéens, les épreuves écrites du baccalauréat ont commencé le 9 juin avec la philosophie ; pour les patrons de sociétés cotées, appelés à défendre leur stratégie en assemblées générales, les épreuves orales continuent... sans aucune possibilité de philosopher. Avec, par ordre d'apparition, Alain de Pouzilhac, PDG du groupe Havas, jeudi dernier, Jacques Gounon (Eurotunnel), vendredi 17 juin, et Yves-René Nanot (Rhodia), jeudi 23, pour ne citer que les acteurs principaux de cette tragi-comédie. Epreuves au sens premier du terme car l'attente des actionnaires (toutes tailles confondues) est grande, même si les enjeux ne sont pas les mêmes. Enjeu de pouvoir pour la sixième agence mondiale de publicité avec la question de la représentation au sein de son conseil d'administration, l'affrontement avec Vincent Bolloré n'étant pas sans rappeler Wall Street, le film d'Oliver Stone où Gordon Gekko, campé par Michael Douglas, s'en prend ouvertement, micro en main, à la direction en place. Enjeu financier ensuite, avec le concessionnaire du tunnel sous la Manche qui lutte pour sa survie avec une équation impossible, au point que la stratégie poursuivie avec les banques créancières (négociation feutrée ou terre brûlée) sera déterminante. Enjeu juridique enfin, avec le chimiste de spécialités dont la politique de couverture des risques environnementaux et sociaux (hérités d'Aventis) est jugée insuffisante, constituant une véritable bombe à retardement. Des rendez-vous à haut risque donc, pour les mandataires comme pour les actionnaires qui ont décidé de prendre leurs affaires en main (comme les électeurs lors du dernier référendum sur la Constitution) et de demander des comptes... ou des têtes. Jusqu'à présent, en effet, à quelques exceptions près (comme Eurotunnel l'an dernier), les assemblées n'attiraient pas les foules. Sauf les amateurs de sangria ou de kir à qui l'on servait un verre (et parfois un petit cadeau), après un quasi-monologue de deux heures. Le verrouillage du capital (par le jeu des noyaux durs ou des participations croisées) ainsi que les conseils d'administration de type « chambre d'enregistrement » laissaient peu de marge de manoeuvre aux actionnaires du flottant. Dès lors, la règle pour les frustrés ou les mécontents était de « voter avec les pieds », c'est-à-dire de vendre leurs titres en Bourse, pour bien signifier qu'ils s'en lavaient les mains. Or, aujourd'hui, avec l'émiettement de l'actionnariat, la mise en place progressive du corporate governance et les nouvelles règles de l'Autorité des marchés financiers (AMF), qui obligent les sociétés de gestion à voter (dans un sens ou dans un autre) les résolutions, la situation a changé. Donnant naissance à un début de démocratie actionnariale, même si certains le déplorent comme ceux qui refusent encore l'accès des assemblées générales aux journalistes (sic). En tout état de cause, le regain de participation à cette grand-messe annuelle, qui ne doit pas ressembler aux jeux du cirque (l'Association des petits porteurs actifs s'est ainsi proposée de jouer les « Casques bleus » chez Havas !), ne peut être qu'un début. Car, comme l'a écrit Edouard Herriot dans ses Notes et maximes, « la démocratie est une bonne fille ; mais, pour qu'elle soit fidèle, il faut faire l'amour avec elle tous les jours » |
GÉRARD BLANDIN Directeur de la rédaction |
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