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Actions ou obligations : il faudra bientôt choisir
La Vie Financière N°3027 / Vendredi 13 Juin 2003 / Catégorie : Editorial

Les placements à revenu fixe, sicav monétaires sans risque et obligations d'Etat, offrent aujourd'hui des rendements historiquement bas, aux Etats-Unis comme en Europe. Cette situation ne peut pas durer, sauf à croire que nous entrons en récession. Mais, dans ce cas, c'est la remontée des actions qui devrait tourner court.

Qu'observe-t-on concrètement ? Déduction faite de la hausse des prix, les produits de court terme sans risque dégagent un intérêt négatif. Le capital de l'épargnant qui veut pouvoir disposer de ses liquidités à tout moment se détruit lentement mais sûrement. En France par exemple, le taux au jour le jour est de 2 %, mais les sicav monétaires prélèvent des frais de gestion et le Trésor public un quart de la plus-value. A l'arrivée, dans les douze prochains mois, le placement rapportera au maximum 1 %, et ce sera autant de perdu compte tenu d'une dérive des prix de 2 %.

Seconde famille de créances à taux fixe, les emprunts obligataires ne sont pas mieux lotis. Sur ce marché, où l'investisseur prend un vrai risque de retournement des taux, les titres achetés aujourd'hui rapporteront 3,6 % brut dans douze mois, soit leur niveau le plus faible depuis cinquante ans ! Ce n'est pas tout. Net de frais (achat et vente) et d'impôt, l'obligation du Trésor laissera un gain ne dépassant pas 1 %, plus-value que l'inflation réduira à néant. Une bien piètre performance pour un placement soumis au risque de marché. Car, en cas de remontée des taux, de 3,6 à 4,5 % par exemple, l'investisseur pourrait vite perdre jusqu'à 10 % de sa mise.

Dans la logique des marchés, il n'est qu'un cas où les rendements monétaires et obligataires peuvent rester aussi bas, c'est celui des économies en récession, à l'image du Japon. En sommes-nous à ce point ? Et, dans cette hypothèse, pourquoi les actions s'orientent-elles à la hausse ? Dans l'immédiat, les marchés d'obligations et d'actions profitent de la détente du loyer de l'argent. Détente qui pourrait se poursuivre car la Fed (avec des taux à 1,25 %) et la BCE (2 %) n'ont pas tiré toutes leurs cartouches. Cet assouplissement des conditions de crédit pèse et continuera de peser sur le rendement des monétaires au profit des obligations, délestées de la concurrence des produits sans risque, et des actions pour la même raison. Celles-ci anticipent en outre une amélioration des résultats des entreprises grâce à la poursuite des réductions de coûts et à l'assainissement progressif des situations financières.

Dans les portefeuilles, les obligations et les actions font donc bon ménage. Toutefois, quand les banques centrales auront épuisé l'arme des taux, les marchés se retrouveront face à une alternative simple. Soit l'économie repart, et les actions en profitent, mais les obligations vont au tapis. Soit les Etats-Unis et l'Europe s'enfoncent dans la crise, les emprunts d'Etat restent un placement refuge, mais les actions repiquent du nez. L'heure du verdict approche. Dans deux ou trois mois au plus tard, nous serons fixés. En attendant, autant s'abandonner au courant porteur, en privilégiant les actions, sans perdre de vue qu'un rendez-vous crucial nous attend à la rentrée.


NASSER OUZEGDOUH Directeur de la rédaction
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