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| Actions américaines : des fonds pour jouer la nouvelle économie |
| La Vie Financière N°2880 / Samedi 19 Aout 2000 / Catégorie : |
La - trop - bonne santé de l'économie américaine inquiète une fois de plus les investisseurs échaudés par le « krach » Internet de mars dernier. Wall Street ne fait plus rêver, mais rester à l'écart ne serait pas raisonnable... |
ENQUÊTE |
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Neuf années consécutives de croissance ! L'économie américaine a battu tous ses records. Le SP 500 (l'indice des 500 plus grosses valeurs) est passé de 300 points en 1990, au moment de la guerre du Golfe, à 1 550 points en mars 2000, son plus haut niveau historique juste avant le krach des valeurs Internet. Forcément, dès les premiers signes d'un ralentissement économique, les esprits s'échauffent. Va-t-on entrer en période de récession et confirmer le mouvement cyclique des économies ? Il y a de quoi avoir peur. Dans le passé, chaque atterrissage après une longue période de croissance a toujours été brutal. Allons-nous, cette fois, entrer dans une phase de ralentissement progressif ? La plupart des experts veulent croire à cette deuxième hypothèse, celle de l'atterrissage en douceur. Ce qui signifierait concrètement une poursuite de la croissance, mais à un rythme moindre. Quoi qu'il en soit, ralentissement ou récession, l'environnement semble moins favorable aux actions américaines qu'il y a quelques mois. Le 4 août, le SP 500 affichait une hausse d'environ 13 % sur un an. Mais la performance est proche de zéro depuis le début de l'année. Les épargnants qui ont investi dans les fonds spécialisés sur les marchés américains ont été sensiblement mieux lotis : 33 % de gain, en moyenne, sur un an pour les 35 sicav et fonds de la catégorie vendus en France, performance en partie due à l'effet de change favorable au dollar face à l'euro depuis un an. Mieux vaut sélectionner les fonds hors indice Sur le Nasdaq, marché qui regroupe la plupart des valeurs technologiques, l'indice est en baisse de 5 % depuis janvier. Après être passé de 1 500 points en octobre 1998 à plus de 5 000 points en mars 2000, soit une hausse de plus de 230 %, l'indice a perdu plus de 2 000 points dans le krach des valeurs techno. Depuis, il s'est repris et oscille autour de 4 000 points. « L'année 2000 est une période de transition. On ne peut pas connaître chaque année des hausses de 30 %. Si le SP 500 réalise une performance de 10 % sur 2000, ce sera déjà bien », estime Bernard Damond, aux commandes d'Union Amérique, au CIC. Plusieurs facteurs justifient cet attentisme des marchés américains. Premier élément à court terme : la réunion de la Fed, le 22 août 2000. Celle-ci décidera de l'opportunité d'une nouvelle hausse des taux. Un relèvement serait plutôt défavorable aux actions. A plus long terme, l'élection présidentielle de novembre crée un climat d'incertitude que les investisseurs redoutent. Certes, l'économie américaine et ses places financières ont déjà fait mentir bon nombre d'économistes. Depuis 1993, combien parmi eux ont annoncé une récession ou un krach, lesquels n'ont pas encore eu lieu ? Nous ne sommes donc pas « à l'abri » d'une nouvelle heureuse surprise. « Les indices ne bougeront pas beaucoup dans les mois à venir. Je ne vois pas de potentiel important ni à la hausse ni à la baisse », souligne Hubert Goyé, responsable de Quantamerica, chez BNP-Paribas. Difficile, cependant, de rester à l'écart de l'économie la plus puissante du monde, berceau d'Internet et des nouvelles technologies. Pour un investisseur, être absent de ce centre névralgique serait un pari risqué. Il est donc judicieux de conserver ou de construire sans précipitation une petite position sur les actions américaines. La visibilité étant limitée, il est préférable de délaisser les fonds indiciels. Ces produits évoluent dans le même sens et dans les mêmes proportions que les indices de marché. Ils ont donc réalisé de très bonnes performances sur les cinq dernières années, avec près de 275 % de gains pour State Street Actions Etats-Unis (State Street Banque) et Haussmann Index USA (banque Worms), par exemple. Dans un environnement de hausse presque ininterrompue des indices de marché, ces fonds réalisent des gains conséquents et présentent en plus l'avantage d'éviter les risques d'erreur de gestion de la part des gérants. Mais, en période d'attentisme des marchés, mieux vaut privilégier les sicav dont les gérants sélectionnent les valeurs en se déconnectant des indices. La valeur ajoutée de ces professionnels peut pleinement ressortir dans cette configuration de marché. Leurs choix peuvent alors, s'ils s'avèrent judicieux, permettre de dépasser de 5, 10 voire 15 % sur un an les performances des fonds indiciels. Le critère déterminant pour sélectionner un fonds investi en actions américaines est la place plus ou moins grande accordée par le gérant aux valeurs technologiques. Ce sont elles, en effet, par leur caractère très volatil, qui génèrent les écarts de performances les plus significatifs. Les épargnants prêts à ne prendre que des risques limités devront s'assurer, par la lecture des plaquettes d'information, que la place de ce type de valeurs (c'est-à-dire Internet stricto sensu, mais aussi valeurs télécoms ou informatiques) ne dépasse pas la moitié de l'actif de leur sicav. « Je préfère miser sur l'Amérique d'aujourd'hui et les Cisco, Sun Micro et Intel qu'acheter les biens de consommation courante, c'est-à-dire l'Amérique des McDonald's, Coca-Cola et Gillette », explique Bernard Damond, en tête dans les classements sur les trois dernières années. Sa sicav a gagné en un an plus de 48 % ! La part des valeurs technologiques atteint 45 % de son portefeuille. Même répartition au sein d'Ecofi American Stocks (Ecofi Arpège) dont la performance est de 44 % sur un an. Les épargnants qui souhaitent une exposition plus limitée à la high-tech, préféreront les fonds ABF Amérique (ABF Capital Management), Barclays Amérique (Barclays Banque) ou Quantamerica (BNP-Paribas) qui ne consacrent qu'environ 30 % de leur portefeuille à ce type de valeurs. « Nous sélectionnons les valeurs de croissance qui nous semblent sous-cotées, indépendamment des secteurs. Par exemple, Staples (fournitures de bureau) fait partie du secteur de la consommation cyclique. En cas de ralentissement, ce secteur trinquera, mais ces valeurs ont été tellement vendues, voire massacrées, récemment, qu'elles offrent de réelles opportunités », explique Hubert Goyé, qui réalise avec Quantamerica plus de 35 % de gains sur un an et qui bat sur cinq ans les fonds indiciels. Enfin, certains gérants n'hésitent pas à investir en délaissant les valeurs technologiques et en se consacrant aux valeurs défensives (c'est-à-dire les sociétés situées dans des secteurs plus résistants en période de ralentissement économique). Certains obtiennent de bons résultats grâce à l'expertise des gérants. Indocam US Value, du Crédit agricole, gagne 48 % sur un an grâce à la sélection de valeurs dites « décotées », celles dont la valorisation est moindre que la valeur patrimoniale et que la moyenne du secteur, c'est-à-dire le contraire des technologiques. Royale US (Prigest) n'a investi que 10 % de son portefeuille sur le secteur technologique, contre plus de 20 % sur celui de la santé et 20 % aussi sur celui de l'énergie. Il gagne 42 % sur un an. « Avec le prix actuel du baril de brent, les marges et profits et le potentiel boursier peuvent exploser dans le secteur de l'énergie au cours des prochains mois », souligne Frédéric Leroux, chez Prigest. Pour les investisseurs plus agressifs qui souhaitent miser sur le secteur des technos et Internet, le choix est plus limité. Se distinguent notamment trois fonds investis exclusivement aux Etats-Unis, US Emerging Technology (Fleming), CIC Techno.com et Globaltech US (Global gestion). US Emerging Technology a gagné sur un an jusqu'à 160 %... avant de reperdre 30 % en mars et avril de cette année. Le gain reste certes appréciable, sauf pour les épargnants qui sont montés dans le train en début d'année. D'une manière générale, plus il y a de valeurs Internet, plus les risques sont élevés. Merrill Lynch, le courtier américain et son analyste vedette Henry Blodget ont décidé de réviser à la baisse leurs recommandations sur ce type de valeurs. Pour eux, 75 % des entreprises Internet vont fusionner... ou disparaître dans les cinq prochaines années ! Les évolutions des actions du Nasdaq, comme l'explique un gérant, n'ont rien d'économique et sont plus motivées par des considérations graphiques ou psychologiques. A bon entendeur.... Tableau : Pour mieux choisir son degré de risque À savoir 1- Malgré la vigueur persistante de l'économie américaine, les experts restent prudents quant à l'évolution des marchés financiers. 2- Les valeurs technologiques restent déterminantes dans la valorisation des fonds investis à Wall Street. 3- Les épargnants prudents privilégieront les sicav peu exposées sur ce secteur |
Charles Dereeper |
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