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A long terme, nous tablons sur une stabilité du prix du pétrole
La Vie Financière N°3230 / Vendredi 04 Mai 2007 / Catégorie : Interview

Dans un contexte tendu au Nigeria, le brent de la mer du Nord et le brut léger américain se négocient toujours à un niveau élevé. Et cette tendance ne devrait pas s'inverser cette année.
 
Luc Bouyer, directeur de la stratégie de Federal Finance Gestion
 

La semaine dernière, le prix du baril de brent est remonté à 67-68 dollars. Quelle est votre estimation pour cette année ?

L. B. Nous maintenons notre prévision de 60 dollars en moyenne pour 2007, à comparer aux 65 dollars de l'an dernier. A condition que les tensions géopolitiques en Iran notamment et/ou les incidents climatiques comme les ouragans dans le golfe du Mexique à la fin de l'été ne changent pas la donne. Il est vrai que la demande se révèle plus forte que prévu. La croissance des pays émergents ne faiblit pas. En Chine, par exemple, le PIB a crû de 11 % au premier trimestre et la consommation de produits pétroliers augmente à un rythme de 5 %. Or, 70 % de la croissance de la demande de produits pétroliers proviennent des pays émergents, et ce dynamisme pourrait conduire l'Agence internationale de l'énergie à réviser à la hausse ses perspectives 2007 (+ 1,8 % initialement prévu). Du côté de l'offre, l'Opep respecte la baisse des quotas décidée en 2006. Et la production au Nigeria, sixième producteur mondial d'hydrocarbures, a été réduite de 650 000 barils par jour. En outre, la production irakienne évolue au gré des attentats, ne dépassant pas 2 millions de barils par jour. Enfin, les positions spéculatives haussières, qui s'étaient dégonflées fin 2006, se reconstituent peu à peu. En fait, l'augmentation de la demande et les limites de l'offre tiennent les cours.

Les marges de raffinage vont-elles poursuivre leur progression ?

Après un hiver américain tardif mais rude, les stocks de produits pétroliers ont chuté de 15 % depuis février. En particulier, les stocks d'essence évoluent à un niveau très faible, alors que commence la driving season, transhumance automobile de l'été aux Etats-Unis. Par ailleurs, des incidents graves se sont produits dans plusieurs raffineries américaines, comme l'incendie qui a dévasté récemment un site de BP. Enfin, la demande pour les produits les mieux raffinés croît, mais toutes les raffineries ne sont pas adaptées à l'élaboration de telles huiles et essences. Les marges de raffinage atteignent actuellement en moyenne 5 à 6 dollars le baril. Toutefois, à long terme, ils pourraient redescendre autour de 3,50 dollars, selon le consensus des analystes.

A plus long terme, quelles sont vos prévisions ?

Compte tenu des nouvelles capacités de production et de raffinage prévues, sauf accident non paramétrable, nous n'anticipons pas d'envolée du prix du pétrole au-delà de 70 dollars mais tablons plutôt sur une stabilité.

Les bénéfices trimestriels des américains Exxon Mobil (+ 10 %) ou Chevron (+ 18 %) ont encore grimpé. A l'inverse, ceux du britannique BP ont chuté de 17 %. Comment se profile l'exercice 2007 ?

Les résultats des majors américaines sont, une nouvelle fois, meilleurs que ceux des européennes. Et cette situation devrait perdurer en 2007. Leur production augmente, contrairement à celle des firmes du Vieux Continent. En outre, le taux de remplacement de leurs réserves est supérieur à 100, ce qui n'est pas le cas de leurs concurrentes européennes, à l'exception de Total. En fait, les compagnies occidentales intégrées ont souffert de la redistribution des cartes en Russie et au Venezuela en faveur des groupes nationaux, d'un alourdissement de la fiscalité et d'un net renchérissement des coûts de production et d'investissement. Les sociétés pétrolières ne peuvent plus capter la hausse des prix du pétrole, comme par le passé. Enfin, le secteur, qui s'était consolidé dans les années 1990, n'a pas été le théâtre de fusions et d'acquisitions. Il est possible que les grands acteurs de demain ne soient pas ceux d'aujourd'hui.

Le retard boursier du secteur va-t-il être rattrapé ?

L'envolée des prix du pétrole en ce début d'année n'était absolument pas anticipée. Les analystes devraient donc rehausser leurs estimations de résultats. La valorisation des pétrolières restant historiquement faible (autour de 10 fois les bénéfices 2007 estimés) et leur rendement significatif, c'est une bonne raison d'acheter ces valeurs pour leurs qualités défensives. D'autant qu'elles pourraient bénéficier d'un arbitrage, au détriment des valeurs d'énergies nouvelles, devenues trop chères. Ainsi, notre préférence va à un acteur autrichien, OMV, coté à Vienne, qui devrait profiter de la demande de produits pétroliers en Europe de l'Est et voir sa production augmenter. De même, Total présente une légère décote par rapport à BP, alors que ses bénéfices attendus pour 2007 ne devraient s'effriter que de 1 %, voire rester stables. Dans le secteur des services pétroliers, nous avons retenu CGG Veritas, qui devrait bénéficier de l'envolée du secteur de la sismique, les pétroliers ne rechignant pas à la dépense pour trouver de nouveaux champs ou exploiter au mieux les sites existants


Propos recueillis par Christine Colmont
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