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A court terme, les marchés européens, japonais et émergents sont surachetés
La Vie Financière N°3173 / Vendredi 31 Mars 2006 / Catégorie : Interview

En marge de la conférence boursière ZfU*, Marc Faber met en garde les investisseurs quant à l'optimisme ambiant, en raison notamment de l'endettement des Etats-Unis et du niveau des cours.
 
Marc Faber, célèbre gourou des marchés émergents, éditeur de la lettre The Gloom, Boom & Doom Report.
 

La hausse quasi ininterrompue des déficits américains tendrait à prouver qu'ils sont sans effets sur la conjoncture...

M. F. Cela est effectivement le credo actuel des économistes et des politiciens. La dette totale des Etats-Unis est passée de 100 % du PNB en 1995 à 300 % aujourd'hui. Le consommateur a vu la sienne atteindre 120 % de son revenu annuel disponible.


Quelle importance, si leurs actifs s'apprécient ?

Lorsque l'augmentation du déficit de la balance commerciale est liée à une perte de compétitivité et à des importations de produits de grande consommation de plus en plus fortes, je doute qu'un tel déficit puisse contribuer à une amélioration du niveau de vie. En fait, il s'agit de prospérité illusoire...


De prospérité illusoire ?

Le PNB américain n'a pu croître autant que grâce à une augmentation de plus en plus forte de la dette et de la masse monétaire, qui, alliée à une détente des taux d'intérêt, a eu pour effet une hausse sans précédent de tous les actifs. Lorsque les ménages ont vu le prix de leurs actions, de leur maison, de leurs oeuvres d'art monter sans cesse, cela leur a donné l'illusion d'être riche... et de ne plus devoir épargner ! Si l'immobilier donnait des signes de faiblesse, l'Américain moyen épargnerait davantage. L'impact sur l'économie serait très négatif, puisque la consommation représente les deux tiers du PNB. Par ailleurs, le déclin de l'industrie manufacturière américaine est considérable. Les politiciens voulaient nous faire croire que les emplois seraient remplacés par des prestations de services à haute valeur ajoutée. Mais les services eux-mêmes commencent à être exportés en Chine et en Inde.


Auriez-vous une dent contre les politiciens ?

Je ne pense pas que l'idée du président Bush de lancer des tapis de bombes en Irak soit de nature à réduire les tensions internationales ou à améliorer la productivité américaine. Quant à Condoleezza Rice, qui va en Russie donner des leçons de démocratie, elle ferait mieux d'aller en Chine prendre des leçons d'économie ! Mais ne croyez pas que je m'en prenne à cette administration américaine en particulier. J'aime la remarque de H.L. Mencken : « Un bon politicien... c'est tout aussi impensable qu'un cambrioleur honnête ! »

Dès lors, en matière d'investissement, êtes-vous plutôt Asie qu'Etats-Unis ?

A long terme, certainement. A court terme, les marchés européens, japonais et émergents sont très surachetés. L'indice Nikkei, au Japon, pourrait facilement revenir à 12 000 ou à 13 000 points. Comme le marché américain n'a pas fait grand-chose en 2005, il pourrait se rattraper. Merck et Pfizer, bien moins chères en matière de PER que les valeurs pharmaceutiques européennes, en profiteraient, mais, ensuite, l'or reprendra sa marche en avant.


L'or est apparemment votre actif favori ?

Pourquoi ne me demande-t-on jamais quel sera le plus mauvais placement ? Cela me semble plus facile à prédire. Mon candidat à ce titre : les obligations américaines. Le dollar va baisser considérablement, surtout contre les monnaies asiatiques, alors que les taux continuent à monter. En effet, face à tout problème, que ce soit un ralentissement économique, un attentat ou une catastrophe naturelle, Ben Bernanke, le nouveau président de la Réserve fédérale, ne pourra pas, comme il l'a dit, inonder le pays de billets verts grâce à ses hélicoptères - ils sont tous en Irak -, mais il fera tourner la planche à billets ! Les métaux précieux, qui progressent beaucoup plus vite que les actions depuis l'an 2000, profiteront de l'inflation. Le prix du baril de pétrole pourrait, lors d'une crise, atteindre 160 dollars et les matières premières, notamment agricoles, qui, malgré leurs hausses récentes, ne sont pas encore très chères en termes réels, pourraient continuer à briller. Bref, dans ce monde où les institutions financières, les départements financiers des grandes entreprises et les banques centrales ne sont plus que des hedge funds, les actifs financiers vont souffrir

*La conférence boursière ZfU réunit chaque année à Zurich les meilleurs gérants suisses.



Propos recueillis par Claude Bejet
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REMY COINTREAU REMY COINTREAU : 31.84€  (+2.98%) 31.93€
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MAUREL ET PROM 8.82€
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ILIAD 64.61€
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